La presse s’est faite l’écho du rapport Cotis « Partage de la valeur ajoutée, partage des
profits et écarts de rémunérations en France » demandé par le président de la République.
Ce rapport contient nombre d’indications intéressantes concernant l’accroissement des
inégalités salariales et note l’explosion des hauts revenus ces dernières années.
Cependant sa présentation du partage de la valeur ajoutée entre salaires et profits escamote,
de fait, un problème majeur. En effet, le rapport indique que ce partage est globalement
stable sur une longue durée. Son point de comparaison est le niveau de la part
salariale en 1950. Si l’on prend les sociétés non financières, elle est, à cette date, de
67,5 %. Or, contrairement à ce qu’affirme le rapport, et comme le montre le graphique
situé en page dix du résumé, la part salariale n’a pas cessé d’évoluer depuis 1950. Elle
atteint 70 % en 1970, et même plus de 73 % en 1975 avant donc que la crise économique
des années 1970 ait produit tous ses effets. La part salariale monte ensuite à plus de 75 %
en 1982, puis retombe brusquement en quelques années au niveau de 1950 ou elle se stabilise
plus ou moins.
Comment interpréter ces chiffres ? Il est indéniable, au-delà même du fait de savoir si le
pic de 1982, était tenable, que la part salariale a régressé considérablement à partir de
cette date puisque, revenant au niveau de 1950, c’est plus de 30 ans d’évolution favorable
qui ont été gommés. La politique de rigueur et d’austérité salariale a imposé un
recul social majeur par rapport à ce que les salariés avaient réussi à arracher par leurs
luttes dans la période antérieure. Cette détérioration de la part salariale s’est faite essentiellement
en faveur des dividendes versés aux actionnaires. En 2007 ceux-ci représentaient
8,5 % du PIB contre 3,2 % en 1982.
Ce déplacement de plus de cinq points au profit des actionnaires ne s’explique par aucune
nécessité économique. Il résulte d’un choix social et politique visant à favoriser le
capital, et la rente plus que l’investissement, contre le travail. Pour l’Union syndicale
Solidaires, c’est ce choix qu’il faut remettre en cause. Le rapport confirme, sans oser
l’affirmer explicitement, qu’il est possible, sans toucher à l’investissement, d’augmenter
nettement la part des salaires dans la richesse produite. C’est aux salariés de l’imposer
par leurs mobilisations.
Le 7 mai 2009






