Le Fouquet’s, c’est très surfait…


"Tribune" parue (sous une forme un peu réduite) dans l’Humanité du mardi 20 mars
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Fouquet’s
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On ne peut pas y manger, on est très mal reçu, le service est très long, … D’ailleurs, même Sarkozy, dit qu’il regrette ; certes, il le dit 5 ans après. Pour le chômage qui augmente, la casse de nos retraites, la baisse du pouvoir d’achat, les remises en cause du droit de grève, la destruction des services publics, c’est à nous de prendre les moyens de lui faire regretter !

Nous sommes allés au Fouquet’s. Quoi de mieux qu’une « brasserie populaire » (dixit Estrosi) quand on a faim ? « Faim de droits », clamaient les chômeuses, les chômeurs (AC !, APEIS, MNCP) ! Mais des droits, le Fouquet’s n’a pas ça à sa carte. En tous cas, pas pour celles et ceux qui ne (sur)vivent que par leur travail ou des allocations de misère. C’est normal : les droits, les habitués du Fouquet’s les ont tous pris, depuis bien longtemps. Sans partager. Alors, on n’a pas mangé au Fouquet’s.

L’accueil est déplorable au Fouquet’s. A peine étions-nous entrés dans cet établissement ouvert au public, que quelques nervis-nerveux ont manqué de la plus élémentaire courtoisie ; en d’autres termes, ils se sont montrés violents et haineux … Pouah, des pauvres à 10 mètres de ma table, mais c’est intolérable : il y a des banlieues, des cités, pour les parquer (pour celles et ceux qui ont encore un toit), pas de ça ici ! On n’est pas resté au Fouquet’s.

Une fois dehors, il y avait beaucoup de monde pour s’occuper de nous. Las ! La prestation ne correspondait pas du tout aux besoins. Pourquoi cet acharnement à vouloir nous ramener dans des autobus de la Préfecture de Police, alors que nous étions venus en métro ? Une heure plus tard, nous étions déchargés dans un espace clos entouré de barbelés. Les effectifs des services publics étant ce qu’ils sont devenus (oui, même ceux-là…), il aura ensuite fallu poireauter quatre heures dans le froid avant que la Police nationale ne vienne à bout de la délicate tâche qui lui fut confiée : vérifier que chacun et chacune d’entre nous connaissait son identité… Après, on n’est pas retourné au Fouquet’s.

Mais nous avons toujours faim. Faim de droits, oui ! Que nous soyons salariés, au chômage, en retraite, en formation, nos droits sont rognés les uns après les autres, pour renforcer les profits des banquiers et des actionnaires. Cette petite minorité, dont le métier consiste à profiter du travail des autres, a mis son système en crise : et ce serait encore à nous de payer, pour qu’ils et elles puissent s’en sortir ?

Plus de 5 millions de chômeurs et de chômeuses, plus de 8 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. Les « plans sociaux » s’accumulent, les suppressions d’emplois publics se multiplient, chômage partiel, temps partiel imposé et emplois précaires sont présentés comme les seules solutions … tandis que les discours politiques se succèdent, laissant patronat et banquiers poursuivre la destruction des emplois et de nos vies. De quoi être très justement en colère. Une colère, qu’il nous faut exprimer collectivement, dirigée contre les responsables de cette situation insupportable. Une colère, qui ne doit pas se retourner contre d’autres victimes de ce système. Une colère, dont le débouché sera la construction de la société que nous voulons demain, par nos luttes d’aujourd’hui. Bref, on reviendra au Fouquet’s ... et ailleurs !

Nous imposerons une autre répartition des richesses qui permette de répondre à cette revendication : un emploi, c’est un droit, un revenu c’est un dû ! Des luttes existent aujourd’hui sur le terrain du droit à l’emploi. Contre les fermetures d’entreprise, les restructurations visant à liquider des emplois ou les suppressions de postes et de services dans le secteur public, les salariés se mobilisent.

Il y a besoin de coordonner les luttes menées boite par boite, et la campagne électorale ne doit ni masquer, ni être un frein aux mouvements sociaux. La question de l’emploi est dans les discours des candidats. Mais nous savons qu’avant comme après les échéances électorales, les mobilisations sont indispensables pour changer la donne.

Aussi, début février, l’Union syndicale Solidaires a proposé une manifestation nationale pour l’emploi, le samedi 24 mars. Nous prenons cette initiative, mais nous ne sommes pas propriétaires de cette manifestation ! Nous la réussirons avec d’autres syndicats, avec les associations de chômeurs/ses, avec les « boîtes en lutte ». Le meilleur débouché aux luttes, c’est qu’elles soient gagnantes ; donner une dimension nationale aux résistances locales, est un pas dans ce sens.

Soyons offensifs, nous avons toute légitimité à défendre nos revendications, à refuser les suppressions d’emplois. Nous ne sommes responsables ni de la crise qu’ils ont provoquée, ni de la dette qu’ils ont créée ! Depuis des années, les gouvernements privatisent les profits et de socialisent les pertes. Si on changeait la donne, en faisant de la satisfaction des besoins collectifs la priorité commune ?

Des dizaines de milliers d’emplois publics ont été supprimés ces dernières années ; la cohésion sociale, le droit de tous et toutes à la santé, à l’éducation, à la sécurité, au transport, etc., sont ainsi attaqués. Les emplois publics sont utiles, (re)créons-les !

Nous devons imposer des droits nouveaux : droit de véto dans les CE, extension de l’obligation de création de CE aux entreprises de moins de 50 salariés, un statut du salarié - applicable à tous et toutes et financé par un fonds patronal mutualisé - pour garantir le maintien du salaire entre deux emplois et les formations de reconversion. Surtout, il faut une répartition différente des richesses que nous produisons : assez de la confiscation par une minorité de ce que produit l’immense majorité … qu’on rejette vers la précarité, le chômage, l’exclusion, au gré des besoins patronaux !

A travers les licenciements, le chômage, les « plans sociaux », le temps partiel imposé, … les patrons imposent une suppression de temps de travail à des millions de salariés, mais en leur faisant payer ! La solution est la réduction du temps de travail à 32 heures hebdomadaire, sans perte de salaire. De l’argent, il y en a : faisons en sorte qu’il serve à celles et ceux qui produisent, et non aux patrons, banquiers et actionnaires ! Le 24 mars à 13 heures, on a rendez-vous Place de la bourse à Paris … avant d’aller au Fouquet’s ?

Annick Coupé et Christian Mahieux, porte-parole de l’Union syndicale Solidaires.



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