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SNJ - Syndicat National des Journalistes

[CENTENAIRE DU SNJ] Hommage à Georges Bourdon, le bâtisseur (1868-1938)

Inauguration d’une plaque Georges Bourdon à Vouziers (Ardennes), sa commune de naissance. Déclaration de Vincent LANIER, Premier secrétaire général du SNJ.

Au nom du Syndicat National des Journalistes, je tiens à vous exprimer, à vous et à l’ensemble de votre conseil municipal, toute la gratitude des camarades du syndicat pour cette invitation qui nous permet de rendre hommage à celui qui est pour vous un enfant du pays, et qui a été pour nous un père fondateur, un confrère, grand reporter au Figaro, un militant infatigable et l’inspirateur de la loi de 1935 qui a permis de doter la profession d’un statut protecteur. Ça aura été le combat de sa vie : permettre aux journalistes français d’acquérir de nouveaux droits, en écho aux devoirs inclus dans la charte d’éthique professionnelle publiée par le SNJ dès 1918.

Il y a 100 ans en effet, avant même l’Armistice, en réponse à la censure, aux rumeurs et à la désinformation qui avait sévi pendant la Grande Guerre –les Fake News de l’époque mais sans l’Internet–, il y a 100 ans donc, le SNJ était créé par une quinzaine de pionniers, autour des premiers présidents Jean-Ernest Charles et Lucien Descaves, auxquels Georges Bourdon succèdera dès 1922, pour un bail de 16 années, jusqu’à son décès, en 1938. Créé il y a cent ans, le SNJ est aujourd’hui un centenaire dynamique et bien portant : le syndicat vient d’être conforté comme première organisation de la profession en recueillant plus de 53% des voix aux élections nationales de nos représentants à la Commission de la carte, devant cinq autres syndicats de journalistes.

Nous savons à qui nous devons cette exceptionnelle longévité, assise sur des fondations solides, et surtout sur des acquis auxquels les journalistes français sont légitimement très attachés.

2018, c’est une année de centenaire pour nous. C’est aussi, symboliquement, l’anniversaire des 150 ans de la naissance de Georges Bourdon, et les 80 ans de sa mort. Revenons rapidement sur son parcours. Georges Bourdon est né, à Vouziers donc, le 15 janvier 1868.

Il y a eu plusieurs Bourdon.
Il y a eu le Bourdon critique de théâtre, devenu ami d’Octave Mirbeau.
Le Bourdon journaliste, observateur de l’Affaire Dreyfus puis grand reporter au Figaro, envoyé spécial pendant de longs mois dans l’Allemagne d’avant-14.
Il y a eu le Bourdon militant, recensé parmi les fondateurs de la Ligue des Droits de l’Homme dès 1898, dirigeant du SNJ, fondateur en 1926 de la fédération internationale des journalistes.
Il y a eu enfin le Bourdon bâtisseur, négociateur, organisateur de la profession, qui a réussi le tour de force de faire voter par le Parlement la loi Brachard, en 1935, après seize années de combat, et après avoir dû changer de stratégie, constatant en 1927 qu’il n’arriverait à rien avec le patronat, alors que des discussions étaient engagées depuis 1919 sur une convention collective. Ce texte, ancêtre de notre actuelle convention collective, sera finalement signé en 1937.

Entre temps, la loi Brachard du 29 mars 1935 avait créé notamment :
- la clause de conscience ;
- la commission arbitrale, une juridiction d’exception qui permet aux journalistes licenciés d’être jugés par leurs pairs ;
- et la carte de presse, attribuée par une commission paritaire officialisée par décret en 1936.

Georges Bourdon était partisan d’un syndicalisme de métier, « uniquement placé sur le terrain professionnel ». Ce choix de l’autonomie, de l’indépendance, a laissé une empreinte indélébile dans l’ADN du syndicat. Ce que nos adversaires se plaisent à qualifier de corporatisme, nous l’assumons dans un engagement catégoriel qui s’exprime tous les jours, sur le terrain, dans les rédactions. Il n’y a pas de syndicaliste professionnel au SNJ, mais des professionnels qui font du syndicalisme, ce qui est parfois un handicap, mais le plus souvent une force.

Cet engagement dans la défense de nos métiers, de nos spécificités, de l’éthique professionnelle à la protection des sources, n’empêche pas la solidarité interprofessionnelle. En témoigne notre affiliation à l’Union syndicale Solidaires il y a vingt ans. Cet engagement n’empêche pas non plus l’ouverture à l’international, dont Georges Bourdon a été un des précurseurs. C’est sous son mandat de président, en 1926, que le SNJ a créé, à Paris, la fédération internationale des journalistes. Membre associée de l’Unesco, basée désormais à Bruxelles, la FIJ représente aujourd’hui près de 600 000 journalistes dans le monde, à travers 180 syndicats et organisations de journalistes répartis dans 140 pays.

Plus que jamais cette solidarité internationale est nécessaire, alors que les signaux sont plutôt inquiétants pour les journalistes, partout dans le monde, et même parfois en France, où la « haine » théorisée des médias est devenue pour certains un fonds de commerce politique, et pas seulement au Front national ! Si la critique de la presse est légitime, la parole politique doit raison garder. Les derniers événements au Maryland sont là pour nous le rappeler. Un homme armé qui fait feu dans une rédaction, c’est un massacre qui nous renvoie trois ans en arrière, aux événements de Charlie Hebdo. Où sont passés tous ces Charlie, ces millions de citoyens qui ont défilé spontanément, le 7, le 8, le 9, le 10 puis le 11 janvier 2015 ?

En 2017, dans le monde, 82 journalistes et professionnels des médias ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions, et 50 depuis le début de l’année. Le laxisme de certains Etats, quand ils ne sont pas eux-mêmes donneurs d’ordre, est une complicité. L’impunité est un encouragement. Nous n’oublions pas Daphné Caruana Galizia, assassinée à Malte, parce qu’elle dénonçait la collusion entre le pouvoir et la mafia. Nous n’oublions pas Jan Kuciak, ce journaliste slovaque, assassiné avec sa compagne en février dernier. Son grand tort était de dénoncer régulièrement la corruption dans les milieux d’affaires et politiques.

Plus près de nous, en France, d’autres dangers guettent les journalistes, et la liberté d’informer. La transposition de la directive européenne sur le secret des affaires, véritable loi-bâillon, est un nouvel outil de pression mis à la disposition des multinationales et des lobbys contre le journalisme d’investigation, mais aussi les lanceurs d’alerte et les représentants du personnel.

Quant à la fameuse loi contre la « manipulation de l’information », voulue par le Chef de l’Etat, elle introduit une dose de censure à travers un arsenal de mesures dont l’inévitable efficacité interroge : à qui profite la désinformation sur les Fake News ? Si la société doit être protégée des fausses nouvelles, la démocratie doit être protégée de la sur-dramatisation des Fake News, qui justifieraient des restrictions à la liberté d’expression voire un retour de la censure.

A l’heure d’une nouvelle réforme annoncée de l’audiovisuel public, dictée par des impératifs comptables, et qui ne semble pas motivée par le nécessaire renforcement d’un service public de l’information, rigoureux et pluraliste, il y a urgence à repenser la mission d’information, y compris lorsque cette mission est exercée par des entreprises privées… très largement subventionnées.

Il reste beaucoup à faire, pour renforcer le pluralisme et l’indépendance des rédactions, dans un contexte de concentration capitalistique qui a précipité la propriété de la plupart des grands médias entre les mains d’industriels et de milliardaires dont la priorité n’est pas l’information équilibrée du citoyen. Au mieux, c’est la course à l’audience et au clic, qui prime. Au pire un interventionnisme assumé de ces nouveaux patrons du secteur, contre lesquelles les rédactions exsangues, confrontées à une précarité systémique, n’ont plus les moyens de lutter.

Au secours ! L’héritage extraordinaire laissé par Georges Bourdon et ses contemporains est en grand danger. Fidèle à ses pionniers, à ses racines, à son histoire, le SNJ saura répondre à ces nouveaux défis. Même s’il faut que ça lui prenne 100 ans de plus.

Je vous remercie.



Article publié le 30 juin 2018


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