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Les argumentaires

Contre l’usage des Flash-Ball et des grenades de désencerclement, pour la liberté d’expression des gilets jaunes

Il y a deux ans et demi, ils appelaient déjà à en finir avec « l’intimidation technologique des manifestants ». Après deux semaines de mouvement des gilets jaunes, des chercheurs, artistes et intellectuels demandent à nouveau que soit garantie la liberté de manifester sans risque de perdre un œil ou avoir la main arrachée.


Gabriel, un jeune homme de 21 ans, venu de province en famille, manifester aux rassemblements parisiens des Gilets jaunes du vendredi 24 novembre, a été gravement blessé, ce jour-là, vers 18 heures, avenue Franklin Roosevelt, par une grenade de désencerclement (dite GLI-F4). Sa mère qui l’accompagnait a déclaré qu’il a « sa main arrachée ».

Nous nous associons à la douleur de cette famille.

Nous avions, pour la plupart d’entre nous, le 22 juin 2016, publié, dans Mediapart, un Appel demandant « l’interdiction de l’usage des lanceurs de balle (flash-balls) et des grenades de désencerclement ».

En citoyens, nous réitérons cet Appel et demandons au chef de l’État leur retrait immédiat de l’arsenal des forces de l’ordre.

En êtres épris des libertés, nous nous adressons à nouveau au Défenseur des droits pour qu’il se saisisse de cette affaire et qu’il rappelle publiquement ses préconisations du 10 janvier 2018, remises à François de Rugy, alors président de l’Assemblée nationale, recommandations que les ministres de l’Intérieur d’Emmanuel Macron ignorent avec constance et qui demandent :

- de retirer les lanceurs de balles de défense de la dotation des forces chargées de l’ordre public ;

- de recentrer le maintien de l’ordre sur la mission de police administrative de prévention et d’encadrement de l’exercice de la liberté de manifester, dans une approche d’apaisement et de protection des libertés individuelles ;

- de renforcer la communication et le dialogue dans la gestion de l’ordre public, avant et pendant le déroulement des manifestations, afin notamment de rendre plus compréhensible l’action des forces de sécurité ;

- de conduire une étude sur la mise en œuvre en France de la doctrine dite de la « désescalade ».

En solidarité avec la famille de Gabriel, les avocats signataires de cet Appel veilleront, au besoin, à ce que l’intégralité des frais de chirurgie, y compris esthétiques, soit pris en charge par l’État et qu’une indemnisation à la hauteur des dommages irréversibles soit versée à Gabriel.

Nous ne cèderons pas à l’intimidation qui vise à nous dissuader de manifester avec les Gilets jaunes et nous continuerons à user du droit constitutionnel de manifester.


Arié Alimi, avocat ; Patrick Bard, romancier, photographe ; Éric Beynel, Porte-Parole de l’Union syndicale Solidaires ; Laurent Binet, écrivain ; Dominique Cabrera, cinéaste ; Yves Cohen, historien, directeur d’études à l’EHESS ; Annie Ernaux, écrivaine ; Samy Johsua, professeur des universités ; Luc Lang, écrivain ; Catherine Lévy, sociologue du travail au CNRS, retraitée ; Noël Mamère, journaliste, ancien député écologiste ; Roland Pfefferkorn, professeur émérite de sociologie ; Patrick Raynal, romancier ; Jean-Marc Salmon, chercheur en sciences sociales.

>> Voir sur le site de Mediapart



Article publié le 28 novembre 2018