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Actualités internationales

La vérité sur la lutte des Palestiniens des frontières dites de 1948

Message du syndicat des travailleurs arabes

Le syndicat des travailleurs arabes présent dans les régions dîtes de 48 en Israël nous a fait parvenir cette analyse.

Voici le texte en français, en pièce jointe le message en anglais dans sa présentation initiale.

Vous pouvez aussi consulter les dernières informations sur les grèves générales en janvier 2017 des Palestinien-nes de 48.

Commençons par le début. L’image des Palestiniens des frontières dites de 1948 est largement pervertie comme le montrent les médias israéliens et occidentaux et, malheureusement, l’Autorité palestinienne joue un rôle important dans ce sens.

Les Palestiniens qui se sont maintenus dans les frontières de 1948, après la création de l’Etat d’Israël, sont restés en Galilée, dans le nord du pays, dans la région du Triangle, située au centre, près de la « ligne verte » (frontière avec la Cisjordanie), et dans le Néguev, au sud, où vivent la majorité des Palestiniens Bédouins.

Depuis 1966, les Palestiniens des frontières de 1948 ont été soumis au régime militaire israélien et depuis cette date, ils ont constitué des organisations nationalistes, dans l’Etat d’Israël, dont la plus importante fut Al-Ard (la Terre, en arabe) qui appelait à l’établissement d’un Etat démocratique et laïque sur tout le territoire historique de la Palestine.

Contre ce mouvement nationaliste au sein de l’Etat d’Israël, les autorités israéliennes ont alors imposé des assignations à résidence, des emprisonnements des déportations actives, en particulier dans la ville de Nazareth, et ont aussi décrété hors la loi des organisations pour des raisons de "sécurité".

S’il est vrai que les Palestiniens des frontières de 1948 ont reçu la citoyenneté israélienne ou ont été forcés de l’accepter, ils se sont toujours identifiés comme partie intégrante du peuple palestinien et du mouvement national palestinien. Des centaines de milliers de jeunes palestiniens des frontières de 1948 ont rejoint les mouvements de la résistance palestinienne au Liban dans les années 1960 et 1970.

Il n’est pas vrai que les Palestiniens sont des « israéliens (et des « Juifs ») vivants au sein d’un oasis démocratique » et il est probable que les années à venir, après la fin du régime militaire, attesteront que les Palestiniens des frontières de 1948 ont versé leur sang pour préserver leur identité palestinienne et rester sur leurs terres, dans leur propre pays.

En 1976, un événement très important est survenu à l’encontre des Palestiniens des frontières de 1948. Cette année là, l’Etat d’Israël a confisqué des milliers de dunums [des centaines d’hectares] aux paysans palestiniens dans les villages de Galilée et dans la ville de Nazareth.

Contre les confiscations de terres, les Palestiniens ont commencé le premier soulèvement et organisé une grève générale qui a duré près d’un mois. La police et les forces armées israéliennes ont pénétré avec des chars dans les villages et les villes arabes pour étouffer les manifestations massives et, suite aux affrontements avec l’armée, six Palestiniens ont été abattus et des centaines d’autres ont été blessés. Beaucoup ont été détenus. C’était la première fois, depuis 1948, que les Palestiniens apportaient la preuve qu’ils se cramponnaient à leur identité nationale et qu’ils luttaient contre l’État d’Israël qui occupait leurs terres.

Cette lutte a contraint les autorités israéliennes à revenir sur leur décision et à restituer les terres à leurs propriétaires d’origine. Et depuis ce recul imposé à l’occupant en 1976, les Palestiniens des frontières de 1948 commémorent le « Jour de la terre » dans toutes leurs villes, leurs quartiers, leurs villages.

Ces événements, ont non seulement constitué le soulèvement du « Jour de la terre » mais ils ont marqué une étape nouvelle pour les Palestiniens des frontières de 1948 à partir de laquelle s’est ancrée la conscience de leur engagement à défendre leur identité et leur droit de lutter pour leur patrie et leur dignité palestinienne.

Depuis 1976, des centaines de manifestations, de grèves, de sit-in et de confrontations avec les autorités israéliennes ont eu lieu, contre la confiscation des terres et les démolitions de maisons qui se poursuivent encore aujourd’hui, mais surtout, de façon plus fondamentale, les Palestiniens des frontières de 1948 se mobilisent chaque jour et chaque semaine dans des manifestations et des grèves en solidarité avec les frères palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza. Ils combattent et manifestent leur solidarité avec la lutte des prisonniers palestiniens, contre les massacres, l’occupation et les guerres engagées par les forces armées israéliennes à Gaza, contre la guerre au Liban. Il est d’ailleurs probable que les manifestations qui se sont déroulées dans les frontières de 1948, contre le massacre de Sabra et Chatila, à Beyrouth-ouest, furent les plus importantes en 1982.

En 2000, lorsque Sharon est entré dans la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, ce fut la seconde Intifada. Le mois de septembre de cette année là fut un mois de rage et de sang pour les Palestiniens des frontières de 1948. Dans toutes les villes et villages palestiniens de l’Etat d’Israël, chaque Palestinien est descendu dans la rue et a participé aux blocages des routes principales du pays pour protester contre la visite de Sharon à la mosquée d’Al-Aqsa et contre les massacres commis par l’Etat d’Israël en Cisjordanie et à Gaza.

La confrontation a duré plus d’un mois. Treize Palestiniens ont été tuées pendant les affrontements (dont deux du village d’Arraba, en Galilée ; l’un était mon cousin). Il y a eu en outre des dizaines de blessés et de détenus ainsi que des attaques contre les travailleurs arabes palestiniens dans les villes israéliennes. En 2000, les masses palestiniennes des frontières de 1948 ont encore confirmé qu’elles sont parties intégrante de la lutte du peuple palestinien pour son indépendance et pour la liberté.

La situation actuelle. Dans les territoires de 1948, des rassemblements quotidiens, des manifestations et des grèves se déroulent depuis deux mois contre la démolition des maisons arabes. Cette politique de démolition des maisons a été annoncée par le chef du gouvernement israélien et, en vertu de cette décision, ce sont plus de cinquante mille maisons arabes qui sont menacées de démolition dans les villes et villages palestiniens des frontières de 1948.
Nous parlons des maisons qui ont été construites au cours des vingt dernières années, et cela renvoie au phénomène de la construction de maisons sans permis car ce sont les institutions gouvernementales israéliennes elles mêmes qui refusent d’accorder des permis de construire aux citoyens arabes. Il est important de préciser que c’est l’Etat d’Israël qui place la majorité des citoyens arabes dans cette situation « illégale » en n’offrant aux Palestiniens aucune solution, aucune autre alternative que celle de construire sans permis.

La grande majorité des Palestiniens des frontières de 1948 ont conscience qu’il ne s’agit pas d’un problème de construction sans permis ou d’un manque d’extension des zones constructibles dans les plans d’urbanisme. Ils ont la conviction que c’est le début d’une nouvelle Nakba (catastrophe, en arabe), d’un nouveau processus de nettoyage ethnique. Ils pensent que c’est le début du déplacement loin de nos terres et de nos maisons. Ils considèrent que c’est le régime d’apartheid qui appelle la répression et la persécution des Palestiniens et estiment qu’il s’agit d’une irréductible bataille pour la survie sur cette terre. Ils pensent que la lutte contre l’apartheid va continuer. Cette réalité de l’apartheid colonial n’a aucune légitimité à se poursuivre. Mettre à bas le système d’apartheid est la seule solution pour assurer la stabilité et la paix en Palestine.

Wehbe Badarne, Syndicat des travailleurs arabes – Nazareth (Arab Workers Union – Nazareth) 10 février 2017

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Article publié le 20 février 2017