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Réforme de l’enseignement professionnel : la grande escroquerie

4 pages de SUD éducation 63
et en supplément un texte tiré de l’émancipation du 9 mars 2018 aussi en PJ

Le ministre de l’éducation nationale a présenté sa réforme de l’enseignement professionnel le lundi 28 mai 2018. Un bel exercice de communication qui augure d’un avenir désastreux pour le lycée professionnel.

Cette propagande gouvernementale ne présage rien de bon, elle
organise la casse des qualifications et des métiers pour les élèves et pour les collègues.

Blanquer annonce une filière d’excellence sans moyens supplémentaires, pire, le gouvernement réalise des économies sur le dos des élèves qui ont le plus besoin de l’école publique.

Retrouvez le décryptage des principales mesures.

Plan de licenciement en LP  : des milliers de postes supprimés.
La réforme prévoit la diminution d’environ 10% des heures d’enseignement, donc autant de postes supprimés. La baisse des postes ouverts au concours, la réduction des DHG dans les Sections d’Enseignement Professionnel (SEP) et les Lycées Professionnels (LP) pour l’an prochain, la volonté de réduire le nombre de fonctionnaires dans la fonction publique font que les LP vont subir des coupes sombres.

POSTES AU CAPLP
en 2017 : 1920
2018 : 1580

Une “filière d’excellence” avec des horaires en baisse ? Le ministre vend du rêve…

Ce seront des conditions de travail encore plus dégradées : ces suppressions d’heures vont encore faire augmenter les effectifs dans les classes, la grande disparité des publics accueillis (formation initiale, apprenti-e s voire adultes) va devenir une véritable gageure pédagogique.

BAC PRO : les horaires disciplinaires sont en forte baisse : -380h pour la grille 1 et un peu moins pour la grille 2. C’est en moyenne 4 heures de cours en moins par semaine pour les élèves.

Les menaces sur la qualité de la formation

Les programmes :

Toucher aux grilles horaires va s’accompagner d’une réécriture des programmes dans les matières générales comme professionnelles. On peut craindre que les nouveaux programmes ne se fassent au détriment de la culture générale des élèves, et que la diminution des heures d’enseignement professionnel ne fasse baisser les compétences techniques des élèves.

Des secondes moins spécialisées : une voie vers l’apprentissage :

Les 2 secondes « découvriraient » vaguement les différents métiers de la famille choisie en troisième (il en reste 15 sur 80 auparavant) et se spécialiseraient en première. Or, au moment de l’application de cette réforme, les lycées ne seront pas opérationnels, c’est à dire en mesure de proposer aux élèves les différentes spécialités d’un même champ. Mais le véritable but de ces secondes n’est-il pas de préparer les jeunes à savoir se comporter en entreprise de manière polyvalente et docile ? Elles constituent une année de tri pour l’apprentissage dont le ministre a fait un des piliers de sa politique.

Enfin, après un bac pro en 4 ans, puis en 3 ans, on passerait de fait à un bac pro en 2 ans. Que vaudra un diplôme professionnel avec moins de pratique et d’enseignement professionnel ?

CAP en 1, 2 ou 3 ans :

Actuellement effectué en deux ans, le CAP pourra être préparé en un, deux ou trois ans à partir de 2019, selon les profils, les besoins et les provenances scolaires des élèves. Cela pourrait être une bonne nouvelle de tenir compte du rythme de chacun, seulement, aucun moyen supplémentaire n’est prévu pour accueillir trois types d’élèves dans chaque classe avec des progressions pédagogiques différentes. Cela se fera sur le dos des collègues dont les conditions de travail vont encore s’alourdir, et sur celui des élèves les plus fragiles.

Sous des noms pompeux, s’adapter aux besoins du marché.
Nommer les LP « campus des métiers » ou « Harvard du pro », c’est une belle image, mais leur financement revient complètement aux régions dont les compétences et les ressources en matière d’enseignement professionnel viennent d’être brisées.

L’État ne donnera pas un euro de plus, ni pour les formations, ni pour les sorties scolaires, ni pour rien qui pourrait contribuer à la culture générale des élèves.

En réalité, il s’agit de mettre en place des formations à la carte, en fonction de ce dont les professionnels du secteur ont besoin. Par
exemple, si les entreprises de la région ont besoin de soudeurs ou de cuisiniers en restauration rapide, des formations seront créées en fonction des besoins du marché local, et non des véritables intérêts des élèves.

Des inégalités sociales encore renforcées

Le gouvernement oppose deux systèmes de formation : l’apprentissage et le lycée professionnel et privilégie le premier au nom d’une meilleure réussite. Or, 1/3 des contrats d’apprentissage sont rompus dès la première année (29 % pour les Bac pro et BP et 38,1 % pour les CAP et BEP) alors que les LP forment tous leurs élèves et les font mieux réussir ( 72 % des jeunes entrant en CAP par voie scolaire obtiennent leur diplôme contre 61 % par la voie de l’apprentissage, en bac pro, c’est près de 2/3 des élèves qui obtiennent leur diplôme contre 1 apprenti sur 2).

De plus, les chiffres ne tiennent pas compte non plus de la sélection ethnique, sociale et sexuée déjà opérée en amont de ce type de contrat, alors que les lycées pro accueillent tous les publics, sans discrimination et même, ils concentrent les populations socialement
défavorisées : on compte dans l’enseignement professionnel 60% d’enfants d’ouvriers et seulement 12% d’enfants de cadres.

Le ministère vient d’envoyer une note qui incite les principaux à relever le taux d’orientation vers l’enseignement professionnel et surtout l’apprentissage.

Concrètement, il s’agit d’inverser la tendance à orienter massivement en 2de générale et technologique, mais cette note ne dit mot sur les jeunes qui n’obtiennent pas la spécialité qu’ils demandent ou qui sont souvent affectés là où il y a des places et en fonction d’une offre géographiquement très inégale.

Elle ne dit mot non plus sur ces 100 000 bacheliers professionnels qui souhaitent poursuivre des études supérieures, se disant que le bac pro en 3 ans, c’est le même bac que les autres.

37 000 sur 70 000 sont admis en BTS et 14 000, faute de mieux, s’inscrivent en université où ils échouent massivement : à peine 6 % sortent de l’université avec une licence, au bout de quatre ans.

Et ce n’est pas le parcours d’obstacles que constitue Parcoursup qui va arranger les choses.

SUD EDUCATION s’oppose radicalement au développement des formations par apprentissage publiques et privées des jeunes en formation initiale.
➢ Cette réforme cache une détérioration de la qualité de l’enseignement professionnel qui a besoin, au contraire, de toutes les ambitions et de tous les moyens nécessaires pour une formation professionnelle et générale de qualité.

Pour cette raison, nous sommes opposés au développement des Campus des Métiers qui sont de la poudre aux yeux.

➢ Nous sommes contre l’obtention de tout examen par blocs de compétences dont le but n’est pas de faciliter l’acquisition de diplômes mais de leur substituer un système de certification par compétences uniquement liées aux critères d’employabilité.

Nous revendiquons le retour à un examen terminal dans un cadre national du diplôme, le droit à l’anonymat des élèves, seul garant du sérieux de la délivrance d’un diplôme.
➢ Nous voulons le maintien des postes des PLP, dans la fonction publique d’État.
SUD EDUCATION revendique une augmentation générale des salaires du public et du privé.

Au nom de l’égalité de rémunération, nous revendiquons que les PLP perçoivent les mêmes indemnités que les autres personnels enseignants.

SUD éducation dénonce la mise en place d’une classe exceptionnelle qui renforce la concurrence entre les personnels et livre leur fin de carrière à la volonté de leurs supérieurs hiérarchiques.

Nous sommes pour la suppression de cette classe exceptionnelle et son remplacement par l’accès de toutes et tous au dernier échelon de la hors-classe (ce qui profiterait à tout le monde et ne coûterait pas plus cher au ministère).

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Article publié le 26 juin 2018


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