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Forum social mondial à Montréal

Solidaires au Forum social mondial 2016

Forum Social Mondial de Montréal 2016 : des contradictions qui sont le reflet de la difficulté à construire un front international effectif de solidarité et de luttes

Le Forum Social Mondial s’est tenu à Montréal du 9 au 14 août.

La délégation de Solidaires était composée à cette occasion d’une dizaine de militants de Sud PTT, de Solidaires Finances Publiques, de Sud Santé Sociaux, de Sud Recherche EPST et du SNUPFEN Solidaires.

Première édition à se dérouler dans un pays dit « du Nord », son déroulement a d’emblée été grandement affecté par les trop nombreux refus de visas (plus de 300) par le gouvernement fédéral canadien, comme on pouvait malheureusement s’y attendre. Pourtant le gouvernement Trudeau s’était engagé à faciliter leur obtention auprès du comité d’organisation composé pour une grande part de l’ensemble des syndicats du Québec (CSN, CSQ, FTQ). Un forum très « occidental », donc, essentiellement composé de délégation du Canada, d’Europe, et dans une moindre mesure des Etats-Unis et des d’Amérique centrale et latine. L’UGTT tunisienne était présente, ainsi que la CGATA algérienne et l’ensemble des syndicats et de nombreuses associations marocains. Présent, le syndicat Egitim Sen (Kesk) a témoigné de la violence du gouvernement Erdogan en Turquie.

Le coût du déplacement pour les délégations est bien entendu aussi l’une des raisons de l’impossibilité de participer pour de nombreuses organisations syndicales et associations.

L’ouverture du FSM a également été marquée par le refus du comité international, instance de coordination des FSM, d’adhérer à la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanction, dénonçant notamment des politiques de l’Etat israélien dans les territoires palestiniens occupés illégalement par Israël). Le comité international s’est appuyé sur la charte du FSM qui stipule que ce dernier ne peut endosser quelque campagne que ce soit au nom de toutes les organisations qui participent au processus du FSM. C’est effectivement une règle de fonctionnement du Forum, c’est aussi l’une de ses limites et de ses contradictions.

Pour dresser un bilan du FSM de Montréal, la vraie question est la suivante : que peut-on, que doit-on attendre de cet événement ?

Pour Solidaires, en tous cas, le FSM n’est aucunement une fin en soi, mais il doit être considéré comme un moyen. Nombreuses sont les organisations participantes qui à chaque édition se félicitent de la qualité de certains échanges mais déplorent systématiquement l’absence de suites, de décisions et de coordination des luttes effective entre deux Forums. Le FSM peut par contre être considéré comme un moyen, parmi d’autres, de nouer et/ou de renforcer les contacts entre les forces qui luttent effectivement pour plus de justice et de solidarité – avec comme préalable trop souvent volontairement omis, que la lutte commence dans les pays et ère géographique de chacun. Les mêmes causes produisent les mêmes effets : nous constatons toutes et tous la similitude des attaques que nous avons à affronter partout dans le monde : privatisation et destruction des services publics, de l’environnement et des ressources naturelles sacrifiés sur l’autel du capitalisme, dérégulation des droits des travailleurs et travailleuses, discriminations...

Solidaires a dans cette perspective proposé une table discussion autour du thème « Renforcer le front syndical international de solidarité et de luttes », avec le CGATA (Confédération Générale Autonome des Travailleurs Algériens), la CNE (Confédération nationale des Employés de Belgique, membre de la CSC), et une représentante des Chicago Teachers Union, syndicat de l’ éducation en lutte à Chicago, en lien avec le mouvement des Black lives matter et des Jobs for 15 (revendication interprofessionnelle pour un salaire horaire minimum de 15 dollars, revendication en train de monter au Québec aussi). Des syndicats présents au FSM ont exprimé leur intérêt à rejoindre le Réseau syndical international de solidarité et de luttes ou ont adhéré. L’atelier sur les violences au travail faites au femmes, co-organisé par Solidaires aussi, a notamment permis de présenter les luttes des travailleurs et surtout des travailleuses des maquiladoras, usines tournevis à la frontière du Mexique et des Etats-Unis, où des syndicats sont en train de se créer. Les organisations composant la délégation de Solidaires, ont co-déposé des ateliers sur les questions de l’environnement, de l’éducation, de l’immigration, le secteur de la santé et bien d’autres encore, occasion à chaque fois de nouer des contacts afin de développer des stratégies de luttes internationales sur ces thématiques spécifiques. Sur la situation en Palestine aussi ont été tenus de nombreux ateliers, notamment dans le cadre de la campagne BDS, mais aussi sur l’engagement syndical, malgré le scandaleux refus de visa (parmi d’autres...) à notre camarade Imad Temiza du PPSWU, du syndicat des postes. Une manifestation de soutien dans le cadre de la campagne BDS a été organisée à la fin du FSM.

Reste la question de l’avenir du FSM. Déjà, le précédent à Tunis, avait été marqué par un net recul en matière de projets concrets et de participation, notamment syndicale. Le comité d’organisation de Montréal s’était engagé à remettre les problématiques syndicales au cœur des préoccupations, ce qu’il a fait, en coordonnant par avance, notamment, les rencontres entre organisations syndicales et en créant un espace repère spécifique au sein du FSM, le « Quartier ouvrier ». Il faut souligner aussi la qualité de l’organisation et de l’accueil en général de nos camarades québécois, syndicats (CSN, CSQ, FTQ...) comme associations (Alternatives...). On peut par contre, encore, s’interroger sur la légitimité de la présence de certaines organisations qui dans leur pays soutiennent les « réformes » qui sont contraires à tout ce que dénoncent les FSM, telle la CFDT, déposant des ateliers tels que celui sur la « responsabilité sociale des entreprises »...

On peut également se féliciter qu’il y ait eu un moment de discussion avec de nombreuses organisations syndicales sur les Traités de libre-échange, CETA, TAFTA.. mais regretter qu’il n’en ressorte pas beaucoup plus que l’annonce de dates de mobilisations non coordonnées entre l’Europe, l’Amérique latine et l’Amérique du nord...

Enfin, la réunion de bilan et de clôture du comité international, chaotique voir catastrophique sur certains points, n’a pas permis de rassurer sur l’avenir du FSM. Les trois lieux proposés pour le prochain sont Barcelone, Dakar ou le Brésil. Le choix sera en lui-même une indication signifiante de la capacité, ou non, du FSM à revenir à des principes de lutte contre les attaques du capitalisme mondial et pour construire une société plus juste et plus solidaire.

La décision de créer une Assemblée des luttes semble du moins aller dans ce sens, projet qui permettra peut-être de revitaliser un peu le processus.

Plus généralement, les contradictions plus que jamais visibles dans ce Forum sont le reflet des difficultés que nous rencontrons toutes et tous à construire un véritable front de lutte et de solidarité international. Mais si la tâche est difficile, elle n’en demeure pas moins un impératif qui nécessite que tous les efforts soient mis en œuvre pour accélérer sa coordination au niveau international.

L’ensemble des analyses, comptes rendus, photos sera prochainement accessible sur le site.

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Article publié le 19 août 2016