Il fait trop chaud au boulot, on fait quoi ?

La France connaît son deuxième épisode de canicule alors que l’été vient tout juste de commencer. Quarante-neuf départements de métropole sont placés en vigilance rouge, avec des températures grimpant jusqu’à plus de 40°C. L’impréparation du gouvernement et du patronat sont irresponsables alors que la multiplication et l’aggravation de ces épisodes sont annoncés depuis des décennies.

Beaucoup de travailleurs et de travailleuses sont régulièrement exposé·es à des températures élevées au quotidien dans leur métier. Et le risque se généralise durant les périodes de fortes chaleurs. La chaleur a des effets qui peuvent être graves sur la santé, qui augmentent les risques d’accident du travail et peuvent conduire à la mort.
Les obligations des employeurs ont été renforcées par le décret du 27 mai 2025 mais celui-ci montre ses limites.

Solidaires publie une fiche "Outils" pour armer les salarié∙es du privé et les agent·es de la fonction publique et leurs représentant·es, “Il fait trop chaud au boulot, on fait quoi ?”.

Nous y portons aussi une série de revendications pour la canicule en cours.

Communiqué de Solidaires du 22 juin 2026 : Travail par forte chaleur : faire valoir nos droits, en gagner de nouveaux !
Tract sur le décret "chaleur intense" : Décret « chaleur intense » au travail Le ministère du Travail laisse crever (de chaud) les salarié·es

Nos revendications

Nos revendications partent d’une exigence : quand il fait trop chaud, le travail doit s’arrêter. Et c’est seulement quand les employeurs verront leur activité stoppée en période de canicule qu’ils s'attelleront à prendre des mesures structurelles pour adapter le bâti et lutter contre le dérèglement climatique. Dans de nombreux domaines, l’arrêt du travail est possible : industrie, BTP, commerces non-essentiels, travaux non urgents en extérieur, emplois tertiaires dans les locaux non climatisés… Il n’est pas envisageable en revanche de faire cesser d’autres métiers, essentiels pour la gestion même des effets des canicules : soignant·es, pompier·es, éboueur·es par exemple. Il faut alors exiger des recrutements suffisants pour permettre de diminuer le temps de travail de ces personnes pendant les périodes de forte chaleur.

Les mesures du décret du 27 mai 2025 apparaissent comme très insuffisantes. Les nouvelles dispositions visent essentiellement à limiter ou à compenser les effets des fortes chaleurs, à adapter autant que possible l’organisation du travail ou les horaires, mais pas à arrêter le travail. Par exemple, parler d’augmenter « autant que nécessaire » la quantité d’eau mise à disposition des travailleur·euses relève d’une telle évidence que présenter cela comme un progrès de la réglementation montre bien le déni et l’irresponsabilité dont fait preuve le gouvernement.

De plus, le décret ne détermine toujours pas de températures maximales de travail (ni minimales d’ailleurs), et c’est une autre limite considérable. On sait que le nombre d’accidents du travail graves ou mortels en lien avec la chaleur sont mal identifiés et peu comptabilisés (environ une dizaine d’accidents du travail mortels par an sont recensés). Il est donc essentiel de définir des températures maximales (mais aussi minimales) au-delà desquelles le travail doit s’arrêter. Rappelons que le premier principe de prévention est d’éviter les risques… et donc de soustraire les travailleur·euses aux chaleurs intenses !

Utiliser l’outil de l’enquête syndicale

Définir des normes de température n’est qu’un moyen d’avoir quelque chose d’objectivable à opposer à l’employeur. Dans l’idéal, ce sont les travailleuses et travailleurs eux-mêmes qui doivent s’exprimer sur leurs exigences. On peut imaginer des enquêtes syndicales à partir de quelques questions, posées lors de tournées syndicales, sur la façon dont se passe le travail lors des vagues de chaleur, et ce qu’il faudrait faire.

Nous revendiquons :

  • la définition dans la loi et les conventions collectives de températures minimales et maximales de travail, selon le type d’activité, les postes de travail et les conditions climatiques ;
  • des autorisations d’absences sans retenue de salaire lors d’évènements climatiques violents (le « congé climatique », à la main des salarié·es, comme en Espagne) ;
  • la création d’un dispositif d’arrêt d’activité à la main de l’inspection du travail (sur le modèle des arrêts pour risque de chute de hauteur) ;
  • l’extension du dispositif de chômage-intempérie à toutes les entreprises du BTP sans exception de taille et de métiers et aux secteurs d’activité qui le nécessitent (agriculture, travaux forestiers, transport et livraison, travaux en extérieurs, etc.) ;
  • des instances de représentation du personnel de proximité sur les questions de santé, sécurité et conditions de travail, avec des prérogatives renforcées par rapport aux anciens comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) et des moyens de fonctionnement indépendants de toutes les autres instances ;
  • la création d’un tableau de maladie professionnelle pour les cancers de la peau liés à l’exposition aux rayonnements solaires (comme en Allemagne) ;
  • des effectifs suffisants à l’inspection du travail et à la médecine du travail, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui.

Nous demandons l’application des dispositions du code du travail aux travailleur·euses « indépendant·es », notamment dans le secteur de la livraison, avec obligation faite aux plateformes de suspendre leur service et d’indemniser les livreur·euses en cas d’épisode caniculaire.

Nous demandons également de nouveaux droits à compensation et à récupération pour fatigue liée à l’exposition à la chaleur, et non de simples aménagements d’horaires, qui peuvent se révéler préjudiciables à la santé (notamment le travail en horaires décalés, très tôt le matin).

Avant tout, nous rappelons qu’avant l’adaptation au changement climatique, il faut d’urgence prendre des mesures pour freiner ce dérèglement, en premier lieu en reconvertissant les entreprises, les activités et les énergies émettrices de gaz à effet de serre.

Les recommandations du Parlement européen

En novembre 2025, le Parlement européen a publié une étude, Les effets des conditions météorologiques extrêmes sur la santé et la sécurité des travailleurs et des travailleuses, dans laquelle il pointe la fragmentation des politiques adoptées par les États membres pour y répondre. L’analyse identifie notamment des groupes plus vulnérables en raison de leur manque de ressources et de leur exclusion possible des dispositifs de protection : travailleurs et travailleuses des plateformes, migrant∙es, personnes âgées ou souffrant de maladies chroniques. Le Parlement européen a formulé plusieurs recommandations, parmi lesquelles :

- l’inclusion de mesures de protections aux conditions météorologiques dans les conventions collectives,

- l’évitement de toute mauvaise adaptation : priorité aux pare-soleil, à la ventilation, à la gestion de la charge de charge de travail plutôt qu’à la climatisation.

- un travail sur le déploiement de seuils harmonisés qui se fonderaient sur des indices tels que celui de température au thermomètre-globe mouillé (west-bulb globe temperature), qui tient compte de l’effet combiné de la température, de l’humidité et du rayonnement solaire.

Pistes d’action syndicale

Anticiper

Les organisations syndicales CGT Éduc’Action, la FSU et SUD Éducation ont mené une campagne pour la rénovation du bâti scolaire avec les organisations également membres de l’Alliance écologique et sociale : Greenpeace, Oxfam, les Amis de la Terre, la Confédération paysanne et Attac. Elles ont d’abord mené une enquête syndicale auprès des agent∙es des premier et second degrés. En croisant les résultats avec des données publiques, elles ont publié en septembre 2025 un rapport, L'école bien dans ses murs : pour une rénovation écologique du bâti scolairehttps://alliance-ecologique-sociale.org/lecole-bien-dans-ses-murs-pour-une-renovation-ecologique-du-bati-scolaire/. Il démontre l’urgence de rénover le bâti scolaire, à la fois pour faire des économies d’énergie et pour améliorer les conditions de travail et d’études. La rénovation du bâti doit permettre d’avoir des locaux qui ne mettent pas en danger les élèves et les personnels par le biais d’expositions (amiante, plomb…) ou de conditions de travail détériorées en cas de températures chaudes ou froides. Lutter pour l’amélioration du bâti scolaire, c’est aussi lutter contre les inégalités scolaires, sociales et territoriales puisque ce bâti est inégalement dégradé. Le rapport énonce des revendications communes à porter auprès des élu∙es locaux, puisque ce sont les mairies qui ont en charge les écoles, mais aussi nationaux. En effet, les collectivités n’auront pas les moyens de tout prendre en charge, c’est pourquoi il faut un plan national de financement estimé à 5 milliards d’euros par an. Ce type d’action unitaire est envisageable à propos de tout type de bâti, dans les entreprises comme les administrations.

Se préparer à interpeller les pouvoirs publics

Les Solidaires locaux ou les intersyndicales locales peuvent demander aux Préfectures de prendre des arrêtés interdisant les travaux extérieurs pendant les périodes de canicule orange ou rouge tant pour des raisons de santé et de salubrité publique que pour la protection des travailleur·euses (ce qui existe déjà dans certains départements pour le BTP mais qui devrait être généralisé et élargi à d’autres secteurs).

Réagir

On peut imaginer élaborer un protocole intersyndical local permettant d’organiser des initiatives publiques rapidement en cas d’accident du travail/de service dont on peut supposer qu’ils sont en lien avec la chaleur : rassemblement devant l’entreprise ou le chantier, communiqué… Les collectifs locaux de l’Alliance écologique et sociale et de ses organisations peuvent être sollicités dans la mesure où ils sont déjà sensibilisés sur la question.

SOLIDAIRES_FICHE_PRATIQUE_27_Page_1