Chronique du samedi 18 et du dimanche 19 juin

« So proud to be part of a new generation of workers that are delivering new forms of labor organizing to beat the Big Bosses »

« Très fièr-es de faire partie d’une nouvelle génération de travailleurs/euses qui qui proposent de nouvelles formes d'organisation du travail pour battre les grands patrons. »

(Workers Justice Project)

Samedi 18 juin et dimanche 19 juin au matin, de très nombreux ateliers se tiennent en parallèle sur les différentes thématiques liées au travail et au syndicalisme : se connaître, s’écouter, s’organiser, se coordonner, lutter, se mettre en grève.

Plusieurs croisent les expériences d’organisations de travailleurs et travailleuses dans des multinationales aux États-Unis mais aussi dans d’autres pays du monde.

Le Juneteenth (en réalité le 19 juin), jour de commémoration de l’émancipation des esclaves noirs aux Etats-Unis a aussi été célébré.

Samedi soir, c’est le dîner officiel du Labor Notes où sont mises à l’honneur des luttes emblématiques telles que le Workers Justice Project de New York (qui organise les new yorkais-es immigré-s à bas salaires pour construire une force afin de gagner la justice économique, raciale et sur le lieu de travail. organizes low-wage, immigrant new yorkers to built power to win economic, racial and workplace justice) qui a reçu le #Troublemakers2022 Award (le prix des agitateurs 2022)

Lors de la cérémonie de Clôture le dimanche midi, les participant-es ont chaleureusement applaudi tou-tes les organisateurs/trices de l’événement qui s’est clôt en musique. La salle a chanté en choeur « Solidarity for ever » (chant militant du syndicalisme anglo-saxon, écrit en 1915 par Ralph Chaplin)

→ L’organisation des travailleurs et des travailleuses d’Amazon, emblématique de Labor Notes 2022

Le syndicat Sud Solidaires Amazon était représenté par Amaya dans la délégation de Solidaires afin d’apporter son histoire, ses combats et luttes, ses victoires auprès des camarades d’Amazon de différents sites à travers le monde.

Nous avons participé à plusieurs ateliers :

  • les travailleurs-euses durant la pandémie, notre section à pu prendre la parole pour expliquer notre combat contre Amazon pour pouvoir travailler dans des conditions sécuritaires face à la pandémie !
  • les travailleurs-euses rispostent dans l’organisation internationale,
  • les travailleurs-eueses en mouvement : comment les américain-es s’organisent, construisent des syndicats indépendants et gagnent les élections. Comment lancent t-ils leurs campagnes.
  • l’action chez Amazon : les travailleurs-euses d’Amazon expliquent comment ils organisent leurs combats pour renforcer leur pouvoir et arracher le contrôle au géant des entreprises.

Nous avons rencontré les fondateurs d’Amazon Labor Union, 1er syndicat Amazon crée ici aux états-unis plus particulièrement à New York JFK8, un des plus gros sites du pays. Après une longue lutte et plusieurs grèves, il pu voir le jour. Il faut savoir qu’ici, en Amérique, il est très compliqué de créer un syndicat et pour que celui-ci puisse se présenter dans l’entreprise, un vote est organisé et la majorité des travailleurs-euses doivent voter pour. Amazon a tout mis en œuvre pour discréditer Chris Smalls (co-fondateur de l’union avec Dereck Plamer), arrestation, propagande auprès des travailleurs-euses…

Ce mouvement a été qualifié d’historique et a été reconnu par le président Joe Biden.

Nous avons également pu nous regrouper, lors d’une réunion informelle, avec nos camarades Polonaises, Magda et Agniezka, Allemands, Irlandais, Québécois, un futur camarade du Danemark (dont le site ouvre dans quelques mois) et évidemment Américains, de Chicago, New York, Bessemer etc... Nous avons échangé sur nos conditions de travail, de salaires qui malgré qu’on soit tou-tes salarié-es d’une même entreprise, sont totalement différents. Nous avons tou-tes été en accord par contre,sur le fait que nous devions tous être solidaires et tous unis face à ce géant du e-commerce et à ses façons de travailler qui laissent à désirer !

Le but de ces rencontres étant de pouvoir créer des contacts et liens avec les travailleurs-euses de chaque pays et de s’organiser pour pouvoir porter nos revendications au niveau international, soutient et solidarité pour que tous les travailleurs d’Amazon soient reconnus pour leur travail.

A l’occasion d’échanges avec des délégations d’Amazon, nous avons parlé de la grève des 3 piquets de grève eds Sans Papiers en France et nous avons fait des photos de soutien.

Amazon a peur des syndicats et fait tout pour les étouffer. Imaginez notre puissance, tous ensemble, face à Jeff Bezos !

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La délégation a participé à différents autres ateliers

→ Soutenir les travailleurs/euses sans papiers (undocumented workers) aux États-Unis.

Cet atelier était organisé par Jobs with Justice qui réunit 30 syndicats et collectifs aux États-Unis. Iels ont un programme d'aide et de protection pour les migrant-es (principalement latinos-americains) :

Informer, s'engager, agir et se mobiliser.

Des représentant-es du Workers Justice Project / Proyecto Justicia Laboral ("deleveristas"/ livreurs et femmes de ménage de New York) ont expliqué comment ils et elles luttent pour être reconnu-es comme salarié-es et pouvoir créer des syndicats.

Nous avons parlé de la grève des travailleurs Sans Papiers de RSI, DPD et Chronopost en France ;

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→ Workers of the world, unite !

(Travailleurs/euses du monde, uni-es). Cet atelier sur la solidarité internationale a regroupé

* Israël Cervantes de Casa Obrera del Bajio, Mexique. Un syndicat indépendant à pu voir le jour à General Motors (CINTIA) et ils aident d'autres syndicats indépendants à se créer.

* Antonio Paez & Deborah Jofré du syndicat Starbucks au Chili (pays laboratoire du néolibéralisme). Le syndicat existe depuis 2009 et a participé activement au mouvement social de 2019. Iels ont dénoncé la répression subie et ont souligné l'importance de continuer à s’organiser pour sortir du capitalisme, sans exploitation et sans oppressions.

* Mylene Cabalona du Réseau BPO aux Philippines (centres d'appel) a expliqué la nécessité de s'organiser face à la répression des militant-es (surveillance, menaces, harcèlement, arrestations). Iels sont accusés de communisme et de terrorisme : "l'étiquette rouge". Elle a insisté sur le rôle de la solidarité internationale.

* Agnieszca & Magda du syndicat IP Amazon en Pologne (membre du RSISL). La loi sur le travail est très répressive en Pologne comme Amérique latine. Il y a eu des grèves à Amazon en 2014 pour avoir le droit de créer un syndicat. Le besoin de s'organiser au niveau international a amené à la création d'Amazon Workers International. Magda (représentante du syndicat) a été licenciée en 2021 et lutte pour sa réintégration.

📣 La lucha obrera no tiene fronteras (la lutte ouvrière n'a pas de frontière)

→ Black lives Matters et ses effets dans les lieux de travail. Des femmes syndicalistes noires (secteurs de la santé et de l'éducation) ont expliqué comment la question du racisme à été prise en compte depuis le mouvement du Black Lives Matters. Elles ont expliqué :

- qu'il n'y aura pas de justice économique et de justice sociale s'il n'y a pas de justice raciale.

- que le pouvoir économique et politique cherche à maintenir les travailleurs/euses divisé-es

- comment les 24 revendications liées à Georges Floyd ont été portées dans les syndicats.

- la nécessité que les premier-es concerné-es s'organisent

📣"You have to stand up for yourself, for your rights

📣You have to practice"

→ Atelier postal :

avec un curieux équilibre entre très vieux postier-es et jeunes « organizers » les sujets très variés oscillent entre virer le patron et traiter des questions climatiques. Le sujet de la recréation d’une banque postale est récurrent, on a proposé nos services .… Us postal emploie environ 500 000 agents publics, le salaire moyen pour un-e facteur-trice tourne autour de 30$ de l heure.

Gros sujets sur l externalisation de pans entiers des activités, et l’embauche de « contractuels » bien moins payés.

→ Construire la solidarité et le pouvoir dedans et dehors pour gagner les grèves.

Cet atelier abordait le soutien nécessaire pour gagner des grèves difficiles.

* Les infirmières de l’Hôpital St-Vincent dans le Massachussets ont tenu 10 mois le piquet de grève grâce aux soutien des autres syndicats qui venaient sur place les soutenir, amener de la nourriture. La population locale a été également mobilisée pour soutenir les grévistes notamment pour interpeller les politiques responsables de la Santé publique.

* Des représentants du syndicat ELA du Pays Basque sont venus expliquer comment ils arrivent à mener des grèves victorieuses de longue durée comme celle de 9 mois au musée de Bilbao ou de 2 ans dans une maison de santé. Ils ont rendu cela possible grâce à une caisse de grève permanente à laquelle chaque adhérent-e verse 1 quart de ses cotisations. Cette caisse de grève maintient un salaire minimum à tou-tes les grévistes du syndicat et permet d'envoyer le message aux patrons que s'ils refusent de négocier avec le syndicat, ils prennent le risque d'une grève. Grâce aux fortes cotisations des 100 000 adhérents du syndicat, ELA a soutenu 2000 grévistes en 2021. Le syndicat obtient les meilleures conditions de travail de toute l’État espagnol à travers 300 accords annuels sous la pression du plus fort taux de grévistes en Europe.

→ Revitaliser les Unions Départementales

Des syndicalistes ont témoigné de plusieurs expériences où les Unions Départementales (Centrale des Conseils Syndicaux aux USA) de syndicats ont été revitalisées en menant tout un travail de mobilisation des syndicats pour les amener à participer.

Trop souvent aux États-Unis les UD ne coordonnent pas les syndicats et délèguent leur action par un soutien à un candidat politique. La revitalisation passe par la mise en place de commissions de formation, antiracisme, santé, jeunes..., par l'animation des réunions pour qu'elles soient motivantes, par la sociabilité par le soutien aux syndicats pour qu'ils se renforcent. La priorité est d'augmenter le pouvoir des travailleurs sur leur lieu de travail et d'utiliser les cotisations pour faire de la syndicalisation et les caisses de grève plutôt que soutenir des candidats politiques.

→ Rencontre des délégations internationales au Labor Notes 2022

Les organisatrices/teurs ont réuni les différentes délégations internationales pour se connaître et se mettre en relation. Étaient représentées des délégations de Hong-Kong, de Chine, du Japon, du Chili, du Quebec, du Mexique, du Pays Basque, d’Italie, de Pologne, d’Allemagne, des Pays-Bas, d’Irlande et de France.

Rencontre des membres du Réseau Syndical international de Solidarité et de Luttes (RéSISoL).

Plusieurs syndicats du RéSISoL étaient présents à la rencontre du Labor Notes (CSP Conlutas du Brésil, IP de Pologne, SutNotimex du Mexique, SI Cobas d’Italie, RMT du Royaume-Uni).

Une réunion a été organisée à la fin du Labor Notes pour échanger sur notre participation au Labor Notes, faire un retour sur les rencontres de Dijon, les prochaines échéances et projet du réseau (nouveau site internet, réseaux sociaux) et l’organisation du convoi pour l’Ukraine.

Une vidéo de solidarité avec les luttes en cours a été faite (grève de Notimex, grève des cheminot-es de RMT, grève des Sans Papiers en France et solidarité avec l’Ukraine).

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