Chaque jour des centaines de personnes meurent encore du Covid-19 bien que la presse quotidienne ne l'évoque plus, normalisant cette stratégie macabre d'un gouvernement capitaliste qui néglige de longue date la santé publique1. La poursuite inhumaine par le capitalisme de la productivité et de la croissance se fait donc au prix de la santé de toutes et tous, en privilégiant la reprise coûte que coûte du travail et de l'école et en négligeant des protocoles sanitaires complets (mise à disposition de FFP2, aération, contrôle des niveaux de CO2, recommandation du masque, dépistage gratuit pour tou.tes, isolement des cas contacts, politique de levée des brevets, etc.). Aucune leçon n'a donc été tirée du début de la crise en mars 2020 et, deux ans plus tard, même la stratégie de diminuer le nombre d'infections n'est plus à l'ordre du jour, le Covid-19 n'ayant pas même été un enjeu social et sanitaire pour grand monde dans cette campagne présidentielle rance.

Pourtant, dès le début de la crise sanitaire, beaucoup de professionnel.les de santé et d'actrice.eurs de la santé communautaire2 alertaient sur le double risque de cette crise sanitaire, c'est-à-dire, à court et à long terme : d'un part le risque létal immédiat d'un coronavirus qui conduit au sacrifice des « premier.es de corvée », des populations fragiles et précaires ; de l'autre, le spectre d'une « bombe [sanitaire] à retardement»3 faute de report des autres urgences, dû entre autres à l'affaiblissement structurel des établissements médicaux et sociaux. C'est le cas de la prévention des cancers mais aussi de la prévention du VIH/SIDA4.

En novembre 2021, Aides tirait la sonnette d'alarme face à la baisse de 22% du chiffre de personnes ayant découvert leur séropositivité en 2020, principalement expliquée par le premier confinement strict, qui a notamment particulièrement pénalisé les personnes étrangères dans leur accès aux services de santé. L'association de lutte contre le SIDA et les hépatites indique aussi la baisse forte des ventes d'autotests VIH par rapport à 2019 et de tests réalisés en CeGIDD[5]. Or, on sait que

« vivre avec le VIH sans le savoir, c'est potentiellement risquer de transmettre le virus et ne pas avoir accès à un traitement adapté »6.

Ces données7 fortement impactées par l'état d'urgence sanitaire lié au Covid-19 montre toutefois que la moitié des découvertes de séropositivité concernaient des personnes nées à l'étranger. 30% de l'ensemble des découvertes concernaient des femmes, principalement hétérosexuelles et nées à l'étranger. Quant aux hommes gays, bi ou aux HsH8, ils représentaient encore 42% des nouveaux diagnostics.

A cela s'ajoute un sondage IFOP de mars 2022 où 31% des jeunes interrogé.es estiment être mal informé.es sur le VIH/SIDA (soit une augmentation alarmante de 20 points par rapport à 2009). et seules 34% des personnes interrogées déclarent avoir utilisé systématiquement un préservatif lors de rapports sexuels (soit une baisse de -9 points par rapport à 2020).

Si des initiatives encourageantes existent depuis peu telles qu'Au labo sans ordo9, la situation reste inquiétante pour Aides :

«Sans une prise en considération plus ambitieuse des autorités de santé publique et une implication accrue dans les politiques de dépistage, nous risquons demain de voir l'épidémie de VIH redevenir à son tour incontrôlable ».

En décembre 2021, à l'occasion de la demi-journée d'études Personnes trans et VIH, Acceptess-T revenait sur son action communautaire au quotidien toute à la fois sociale et sanitaire (dépistage, accompagnement à l'accès à la santé pour des publics trans très précaires et isolés) et sur les enjeux trans actuels face à l'épidémie : dépsychiatrisation des parcours trans, nécessaire renforcement financier des politiques publiques, formation des professionnel.les de la santé...

Reste que, comme dans la lutte contre le coronavirus, la lutte contre le VIH/SIDA, mais aussi la tuberculose, le paludisme et la rougeole10, nécessite de coordonner nos efforts internationalement pour ne pas assombrir les perspectives et faire fonctionner l'idée d'une santé comme bien collectif et non-marchand, car bien des pays voient leur accès à la vaccination (d'où l'enjeu fondamental de revendication de la levée des brevets, pour laquelle Solidaires se bat) et aux moyens matériels de prévention, de traitement et de dépistage entravés, que ce soit dans l'Ukraine dévastée par la guerre11, mais aussi en Roumanie12 et au Gabon13 où l'accès aux antirétroviraux se fait de plus en plus dur ces dernières années.

Quelques infos toujours importantes à connaître :

- https://jefaisletest.fr/ (développé par AIDES en direction des HsH et/ou personnes trans), pour recevoir gratuitement un autotest VIH par La Poste

- la PrEP14, que les médecins généralistes peuvent depuis juin 2021 dorénavant prescrire en première intention, bien que l'information reste peut accessible aux publics intéressé.es

- les TROD (Testes Rapides d'Orientation Diagnostique) : « Le Test Rapide d'Orientation Diagnostique (TROD) est un test de dépistage qui permet de détecter la présence des anticorps du VIH et du VHC (Virus de l'Hépatite C) dans le sang, et a l'avantage de donner un résultat instantané »15.

- les Traitements Post-Expositions (TPE) : « trithérapie anti-VIH administrée après une prise de risque. Le TPE doit être pris pendant 1 mois. Rendez-vous au service des urgences d’un hôpital le plus rapidement possible, de préférence dans les 4 premières heures, au plus tard dans les 48 heures »16.

- Le 190, le centre de santé sexuelle-CeGIDD (90 rue J.-P. Timbaud, Paris)

- Le Spot Longchamp, CeGIDD ouvert par AIDES(3 boulevard Longchamp, Marseille)

- Le Checkpoint (anciennement Le Kiosque Infos sida et Toxicomanie), antenne de CeGIDD et centre de santé sexuelle communautaire complète (36 rue Geoffroy l'Asnier, Paris)

Quelques assos LGBTIQ de lutte contre le VIH/SIDA :

- Acceptess-Transgenres (Ile-de-France) : https://www.acceptess-t.com/

- Act-Up : https://www.actupparis.org/

- AIDES :https://www.aides.org/

- Association RITA (Grenoble et ses alentours) : http://assorita.org/

Sources

[1] http://www.sudsantesociaux.org/15-octobre-journee-nationale-de.html, communiqué du 7 octobre 2020

[2] https://reporterre.net/Coronavirus-apprendre-de-l-experience-du-Sida, publié le 14 mars 2020

[3] https://rue89bordeaux.com/2021/11/lutte-contre-sida-la-covid-a-occulte-la-question-du-vih/

[4] Le VIH est le Virus de l’immunodéficience humaine. Quant au SIDA, c'est le Syndrome d’immunodéficience acquise. Il s’agit du stade auquel l’infection causée par le VIH s’accompagne d’un ensemble de manifestations (Infections opportunistes telles que candidose, toxoplasmose, cryptococcose, pneumocystose ou différentes formes de cancers tels que la maladie de kaposi et lymphomes), manifestations dues à un déficit immunitaire profond. Voir Sida, un glossaire, plusieurs fois réédités par Act-Up.

[5] Les CeGIDD : Centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic

[6] https://www.aides.org/communique/baisse-decouvertes-seropositivites-fausse-bonne-nouvelle-reponses-insuffisantes

[7] https://vih.org/20211130/les-chiffres-2020-du-vih-lombre-du-covid-19/

[8] HsH : Hommes ayant des rapports sexuels avec des Hommes

[9] Initiative étendue au 1er octobre 2021 aux labos de tout le pays, Au labo sans ordo permet des dépistages du VIH sans RDV, sans ordonnance et pris en charge à 100% sans avance de frais pour toutes et tous.

[10] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/04/04/en-afrique-la-lutte-contre-les-grandes-tueuses-freinee-par-le-covid-19_6120562_3212.html

[11] « Avant l’éclatement de la guerre, l’ONUSIDA estimait à 260 000 le nombre de personnes séropositives dans le pays, dont 152 000 qui prenaient quotidiennement des médicaments contre le VIH. »

[12] https://www.ouest-france.fr/europe/roumanie/en-roumanie-le-covid-19-freine-la-lutte-contre-le-sida-51e34272-5848-11ec-9a47-41ee58d6a886

[13] https://www.liberation.fr/planete/2019/03/04/gabon-vers-une-rupture-du-stock-des-traitements-antiretroviraux-contre-le-vih_1712999/

[14] « La PrEP (Prophylaxie Pré-Exposition), est une stratégie de prévention du VIH. Elle consiste à prendre un médicament antirétroviral de manière continue ou discontinue pour éviter d'être contaminé-e par le VIH. » Source https://www.sida-info-service.org/

[15] Source https://www.planning-familial.org/

[16] Source https://www.sida-info-service.org/