International

États-Unis : l'offensive systématique contre les droits LGBTQIA+

Depuis le 20 janvier 2025, l'administration Trump démantèle méthodiquement les droits des personnes LGBTQIA+. La stratégie est flagrante : frapper d'abord les personnes trans et non-binaires, plus vulnérables, tout en évitant une confrontation directe avec le reste de la communauté LGBTQIA+, protégée par un arrêt de la Cour suprême (Bostock v. Clayton County, 2020) qu'un décret présidentiel ne peut pas effacer. Mais dans les faits personne n'est épargné !

Voici ce qui a changé dans leur vie concrètement :

Tout part du décret EO 14168 (20 janvier 2025) : le « sexe » est redéfini comme un binaire biologique immuable, déterminé « à la conception ». L'État fédéral cesse de reconnaître l'existence légale des personnes trans, non-binaires et intersexes. Les protections anti-discriminatoires s'effondrent : emploi, logement, santé, éducation, espaces publics.... Concrètement : une personne trans discriminée n'a plus d'interlocuteur.ice vers qui se tourner.

L'État dit qu'elle n'existe pas !

Les passeports avec marqueur de genre « X » sont suspendus. Les ressortissant·es étranger·es trans sont définitivement interdit·es d'entrée aux États-Unis si leurs documents ne correspondent pas à leur assignation à la naissance. Les Américain·es trans voyagent désormais avec des papiers qui nient leur identité.

Les personnes trans sont bannies de l'armée. Environ 2 000 militaires qualifié·es, souvent engagé·es depuis des années, sont renvoyé·es.

Dans les prisons fédérales, les femmes trans sont placées de force dans des établissements pour hommes, au mépris d'une loi fédérale existante contre les violences sexuelles en détention.

En rétention immigration (ICE), des hommes trans ont été soumis à du travail forcé. Les mauvais traitements sont assumés : « Si tu veux être un homme, je te traite comme un homme. »

Les refuges d'urgence peuvent désormais refuser les femmes trans augmentant drastiquement la précarité et les violences dont elles sont victimes.

Un décret du 28 janvier interdit aux organisations financées par l'État de fournir des soins d'affirmation de genre aux moins de 19 ans. Hormones, bloqueurs de puberté, chirurgies sont progressivement exclues des couvertures fédérales pour les adultes comme pour les mineurs.

Sur le VIH, les coupes budgétaires touchent directement les programmes fédéraux de prévention et de fait les traitements sont réduits. Les personnes LGBTQIA+ sous Medicare/Medicaid sont désormais deux fois plus susceptibles de rencontrer des obstacles d'accès aux soins.

À l'école, le décret EO 14190 conditionne les financements fédéraux à la suppression de tout contenu lié à l'identité de genre ou à l'orientation sexuelle. Les enseignant·es risquent des poursuites pour avoir soutenu un.e élève trans. Et les établissements sont encouragés à révéler aux parents l'identité trans d'un.e élève sans son consentement.

Selon le Williams Institute, au moins 360 collectes de données fédérales ont été modifiées pour supprimer les questions sur l'identité de genre et l'orientation sexuelle. 80% de ces suppressions sans consultation publique. Le recensement annuel américain ne posera plus ces questions. Sans données, pas de politiques ciblées, pas de preuve de discrimination : l'effacement statistique est la condition de tous les autres effacements.

Des demandeurs d'asile LGBTQIA+ fuyant des pays où leur identité est criminalisée ont été expulsé·es sans procédure régulière. L'identité de genre n'est plus reconnue comme base valide d'une demande d'asile dans le système fédéral.

La stratégie est cynique : concentrer la rhétorique sur les personnes trans pour isoler le combat et décourager une réponse collective. La riposte syndicale et militante doit être l'inverse : ces droits sont liés, l'attaque contre une minorité est toujours un test pour les autres, et ce recul s'inscrit dans un démantèlement plus large des protections sociales et des libertés civiles.


Persécutions homophobes au Sénégal : entre loi coloniale, sérophobie et ingérences trumpistes

Le Sénégal vit depuis plusieurs années maintenant une surenchère médiatique et politico-religieuse homophobe qui sème la terreur dans le pays, voire contraint·es à l’exil ou à la cachette beaucoup de personnes LGBTQIA+, face aux tentatives de chantage voire de meurtres.

Un cran dans l’ignoble et la terreur a été franchi le 16 mars dernier quand la réforme de l’article 319 contre « les actes contre-nature » et contre la « promotion et financement de l’homosexualité » a été votée à l’Assemblée nationale à Dakar. Celle-ci prévoit le doublement des peines déjà prévues pour « homosexualité » en les passant de 5 à 10 ans et prévoit de lourdes amendes à tout “plaidoyer pro-LGBTI”.

Cette réforme s’est appuyée sur une campagne de divulgations de statuts sérologiques de présumés homosexuels et de violences populaires associant les personnes LGBTQIA+ à la pédocriminalité et à la négation de l’ « identité africaine ». Ce paravent rigoriste cache pourtant mal l’échec de la gestion de la crise universitaire du gouvernement d’Ousmane Sonko, parallèle aux accords financiers de l’ « America First Global Health » de l'administration Trump et aux pressions du FMI.

On assiste d’ailleurs, au Sénégal comme ailleurs en Afrique comme en Ouganda, au Kenya ou au Ghana à une pression financière et idéologique des think tanks états-uniens de l’extrême-droite évangéliste, cherchant à se développer localement et/ou à promouvoir des lois criminalisant l’homosexualité et le recours à l’IVG : l’association conservative américaine « pro-famille » MassResistance échangeait en effet depuis 2024 avec des organisations sénégalaises pour favoriser les mobilisations et législations anti-LGBTI. Dans ce contexte par ailleurs, il y a également un risque sévère de baisse des détections et soins liés au VIH/SIDA par crainte de la stigmatisation accrue de ces derniers mois.

Ces nouvelles législations LGBTQIAphobes et patriarcales sont pourtant loin d’accompagner une évidence historique : une grande diversité d’expression de genres subsiste à travers le continent africain malgré leur répression depuis la colonisation. Et l’article 319 originel au Sénégal n’existe que depuis 1966 et est principalement inspiré de l’ordonnance contre les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe mis en place par Pétain en 1942. Il ne s’agit pas non plus d’une dynamique inarrêtable et de nombreux·ses activistes et organisations africaines et diasporiques se mobilisent depuis longtemps pour faire émerger d’autres visions, qui pourraient reconnaître le droit au respect et à la jouissance des droits pour toute personne LGBTQIA+ et rompre avec les politiques de prédation religieuse, économique et néocoloniale d’intégristes états-uniens. Le Botswana vient par exemple de retirer du code pénal les articles criminalisant les relations entre personnes de même sexe !

Loin donc d’être un enjeu lointain pour notre union syndicale, c’est un pan de notre lutte contre l’installation rampante du fascisme à l’international, qui vise en priorité les minorités sexuelles, religieuses et ethniques. De plus, ici en France, beaucoup de migrant·es persécuté·es dans leur pays d’origine car LGBTQIA+I voient leur statut de réfugié·e mis en question ou rejeté à cause des politiques migratoires de plus en plus restrictives, au détriment du respect basique des droits humains et du droit d’asile.

C’est pourquoi, comme l’ARDHIS (Association pour la Reconnaissance des Droits des personnes Homosexuelles et trans à l’Immigration et au Séjour) ici en France, Solidaires exprime son soutien à toutes les personnes LGBTI+ sénégalais·es ainsi que demande la mise en sécurité de toustes les demandeur·ses d’asile LGBTQIA+ et le renforcement des politiques internationales de lutte contre le VIH/SIDA.