L’internationalisme est un travail d’union à l’échelle internationale des travailleurs et travailleuses. Il s’agit de dépasser les frontières des Etats-nations pour dénoncer et combattre l’exploitation et l’oppression liées au système capitaliste. On ne peut construire un syndicalisme de transformation social, anticapitaliste, féministe, antiraciste, écologiste, autogestionnaire sans penser une action internationaliste.
Fondé dans les années 90, Solidaires a toujours tenu à s’inscrire dans un travail internationaliste fort. Dès les premières années les premiers syndicats Suds et les membres du G10 accompagnent les combats du mouvement altermondialiste et les luttes des Sans-papiers. Après l’effondrement de l’URSS, le monde se redessine laissant la place à des solidarités internationales libérées de la logique de bloc et d’empire. L’altermondialisme se présente alors comme un mouvement social prônant une autre mondialisation que celle proposée par le libéralisme. C’est le temps des forums internationaux et des contre-sommets. Malgré les recompositions et la constitution de nouveaux empires, Solidaires poursuit la ligne de former des solidarités entre les travailleur-ses en se liant avec des syndicalistes des autres pays, d’où la création du Réseau International de Solidarité et de Lutte.
Internationalisme fait partie du syndicalisme
Solidaires s’inscrit dans la longue histoire du mouvement ouvrier, qui depuis sa naissance au début du XIXe siècle a toujours cherché à agir par-delà les frontières. Au XVIIIe siècle, le temps des révolutions, on voit les révolutionnaires se répondre et s’inspirer les uns les autres. Dès 1844, dans son Union ouvrière, Flora Tristan mentionne l’idée d’une union universelle des ouvriers et ouvrières. L’idée est reprise en 1847 dans le Manifeste du Parti Communiste, Prolétaires de tous les pays, unissez-vous, tout de suite traduit dans plusieurs langues. Puis est créé en 1864 l’association internationale des travailleurs à Londres, rassemblement de collectifs ouvriers de plusieurs pays européens autour de revendications communes. Le XXe siècle sera aussi un temps de tentative de convergence autour du refus des guerres impériales et/ou capitalistes. Le moment de la guerre d’Espagne reste un moment majeur où des milliers de personnes venus de nombreux pays, partiront combattre le fascisme. On se rassemblera aussi en faveur de la fin de la colonisation.
L’internationalisme c’est comprendre comment s’organisent les travailleurs et travailleuses dans les différents pays, réfléchir aux convergences, mais aussi à la lutte des classes inhérente à l’économie capitaliste où la division du travail se fait à l’échelle du monde. Combien faut-il de travailleurs et travailleuses de nationalités différentes qui ne se connaissent pas pour fabriquer un téléphone portable ?
L’internationalisme n’est jamais facile. Les travailleurs·euses ne se voient pas toujours du même côté. Les logiques nationales traversent aussi travailleurs·euses et syndicalistes. L’internationalisme est donc autant un travail de solidarité à l’international qu’un travail de conscientisation des travailleurs occidentaux qui bénéficient du travail qui se fait ailleurs dans des conditions de travail indignes et en sont les victimes par les phénomènes de concurrence organisé par le capitalisme. En élargissant de façon permanente son terrain de jeu, il détruit et importe son mode de production là où il n’existe pas encore et détruit en même temps les droits qui ont été acquis dans les pays déjà capitalistes.
Face aux impérialismes et au colonialisme, un internationalisme plus nécessaire que jamais
L’impérialisme désigne la domination d’un pays sur d’autres pays. S’il est souvent question de domination culturelle, linguistique ou religieuse, pour Solidaires, l’impérialisme renvoie avant tout à une domination économique.
L’impérialisme européen puis occidental est aussi allé de pair avec le colonialisme car il a pour spécificité de vouloir étendre à toute la planète le mode de production capitaliste. Ainsi il a imposé le développement industriel, une division du travail à l’échelle internationale et aujourd’hui une économie fondée sur des flux logistiques à l’échelle mondiale. Tout cela a un impact sur l’ensemble des travailleurs et des travailleuses de par le monde. Les conditions des un·es ne peuvent pas être décorrélées des conditions des autres.
Le colonialisme renvoie à l'exploitation par une métropole de territoires qu’elle considère comme non ou sous-développés – parfois appelé mission civilisatrice -, exploités pour son seul profit ou celui de ses ressortissants. Le colonialisme corrélé à l’impérialisme européen a modifié les économies et les équilibres locaux. Dans la seconde moitié du XXe siècle, l’essentiel des pays ont pris leur indépendance politique. Mais la colonisation ne s’est pas défaite en un jour :
- Des territoires sont restés colonisés et payent encore aujourd’hui cette situation. En France c’est le cas des départements dits d’outre-mer ou de la Kanaky. Par ailleurs, depuis les années 60 est apparue un néocolonialisme.
- Les équilibres antérieurs à la colonisation n’ont jamais pu être rétabli et les décolonisations ont souvent été suivis d’instabilité assez fortes et de dépendances renouvelées aux colons.
La décolonisation ne s’est donc pas accompagnée de la fin des impérialismes coloniaux. Ils ont continué à exercer un pouvoir sur les pays qu’ils avaient conquis. Ces effets se voient dans les pays anciennement colonisés et sur le territoire métropolitain dans la répartition des emplois en fonction des origines ou les inégalités des salaires en fonction de ces mêmes origines. C’est pourquoi on parle souvent de néocolonisation.
Concrètement, que veut dire l’internationalisme pour le syndicat ?
Pour que l’internationalisme ne reste pas un mot d’ordre, Solidaires a créé une commission internationale où s’organise la solidarité. Par ailleurs Solidaires appelle et rejoint régulièrement les manifestations, rencontres, salons etc. qui sont autant de moyens d’actions pour ne pas nous laisser dépasser parce qui se passe dans le monde. L’internationalisme est en fin de compte la volonté de replacer les travailleurs et les travailleuses au cœur de l’économie et la tentative de leur donner le pouvoir d’un jour réellement décider du monde dans lequel nous vivons.