Le congé menstruel et hormonal

Faire du congé menstruel et hormonal un droit effectif pour toustes, et non une exception tolérée dans le silence ou la gêne, est une priorité pour notre union.

Derrière l’invisibilisation des règles, de la ménopause, des traitements hormonaux ou des parcours médicaux liés à la procréation, il y a une réalité sociale : celle de millions de personnes contraintes de travailler ou d’étudier dans la douleur, au détriment de leur santé.

Le monde du travail et plus largement la société restent structurés autour d’une norme implicite, celle d’un corps masculin qui devrait notamment être constant, disponible, productif en toutes circonstances. Tout ce qui échappe à cette norme est considéré comme un problème individuel. Et devrait donc être géré en dehors du collectif du travail, puisque relevant de la sphère privée. Au travail on se doit d’être performant·e, quel que soit notre situation ou notre état.

Les douleurs menstruelles, les conséquences des variations hormonales, les symptômes de la ménopause ou les impacts des traitements médicaux sont donc niés, minimisés ou renvoyés à l’intime. Ce déni a de lourdes conséquences, il produit des inégalités concrètes et surtout systémiques.

Les personnes concernées doivent composer seules. Elles posent des congés pour « supporter » leurs douleurs (qu’on nous a toujours dit être normales), subissent des jours de carence en cas d’arrêt maladie, ou continuent à travailler malgré des symptômes parfois invalidants. À cela s’ajoutent la culpabilisation, les remarques sexistes, et la peur d’être perçues comme moins « fiables » ou moins « productives ».

Cette violence quotidienne est une manifestation directe des rapports de domination qui traversent le monde du travail et se retrouve aussi dans les lieux d’études. Elle participe à renforcer les inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes, mais aussi à invisibiliser toutes les personnes concernées.

Face à cette situation, Solidaires porte une revendication forte : la mise en place d’un congé hormonal pouvant aller jusqu’à 26 jours par an, sans justificatif médical, sans délai de carence et entièrement rémunéré.

Il ne s’agit pas seulement des règles, mais de l’ensemble des réalités hormonales : ménopause, endométriose, transition, traitements liés à la fertilité ou à certaines pathologies. En parlant de « congé hormonal », notre union affirme un positionnement politique clair : il s’agit de reconnaître ces enjeux comme des questions de santé au travail, et non comme des problèmes individuels tabou, à traiter au cas par cas.

Cette revendication s’inscrit dans une perspective féministe plus large. Il ne s’agit pas seulement d’obtenir quelques jours d’absence pour quelques salarié·es, mais de transformer en profondeur l’organisation du travail.

Cela passe par l’amélioration des conditions matérielles : accès à des sanitaires adaptés, temps de pause en nombre et durée suffisante, mise à disposition gratuite de protections menstruelles de qualité dans l’ensemble des toilettes des entreprises, administrations et lieux d’études. Cela passe aussi par une meilleure reconnaissance des pathologies, comme l’endométriose, encore largement sous-diagnostiquée et mal prise en charge, ainsi qu’un renforcement des moyens de la médecine du travail.

Solidaires insiste sur un enjeu central pour cette lutte, comme pour de nombreuses luttes féministes : éviter que ces droits ne deviennent un nouveau facteur de discrimination. Trop souvent, les spécificités liées au corps des femmes sont utilisées contre elles, pour justifier des écarts de salaire, des freins à l’embauche ou des carrières stoppées. C’est pourquoi le congé hormonal doit être pensé comme un droit collectif, protecteur, intégré dans le droit du travail et non laissé à l’arbitraire des employeurs.

Refuser de reconnaître ces réalités, c’est perpétuer un système qui exige des personnes qu’elles s’adaptent en permanence à une organisation du travail qui nie leurs corps. C’est maintenir une forme de violence institutionnelle.
À l’inverse, garantir l’accès à un congé menstruel et hormonal, c’est affirmer que le travail et les études doivent s’adapter aux femmes et aux hommes, et non l’inverse.
C’est aussi une manière de politiser des experiences longtemps reléguées à l’intime. Parler des règles, de la ménopause ou des hormones au travail, c’est briser un tabou, mais surtout remettre en cause une norme injuste. C’est affirmer que la santé, la dignité et l’égalité ne sont pas négociables.
En ce sens, la revendication portée par Solidaires s’inscrit pleinement dans une lutte féministe, sociale et émancipatrice.