Lesbiennes !

26 avril : journée internationale de visibilité lesbienne

Le 26 avril c’était la journée internationale de la visibilité lesbienne. Méconnue ou oubliée, cette journée internationale est pourtant essentielle pour mettre en exergue les différents enjeux des lesbiennes et bisexuelles, souvent invisibilisées au sein de sociétés patriarcales.

Pourquoi le "L" est-il en premier dans le sigle LGBT ?

L'ordre des lettres dans le sigle LGBT n'est pas le fruit du hasard, mais un hommage politique.

Jusque dans les années 80, on parlait plus volontiers de "communauté gaie" ou "homosexuelle". Le changement s'opère durant l'épidémie du SIDA. En reconnaissance de l'engagement massif et du sacrifice des lesbiennes pour soigner les hommes gais mourants (alors que la société et les familles les rejetaient), la décision a été prise, d'abord aux États-Unis puis mondialement, de placer le L de Lesbiennes en tête du sigle.

C’était une manière de sortir les lesbiennes de l’invisibilité et de graver dans l'acronyme la solidarité dont elles avaient fait preuve.

Les lesbiennes : les "Blood Sisters" de l'épidémie du SIDA

On les a souvent appelées les "Blood Sisters" (Sœurs de sang). Alors que l'épidémie de VIH/SIDA ravageait la communauté gaie dans les années 80 et 90, les lesbiennes ont joué un rôle crucial pour plusieurs raisons :

  • L'accès aux soins : À l'époque, de nombreux soignant·es refusaient de toucher les malades du SIDA par peur ou par haine. Beaucoup de lesbiennes, souvent infirmières ou aides-soignantes, ont pris le relais pour prodiguer des soins, accompagner les mourants et offrir une présence humaine là où les familles biologiques faisaient défection.
  • Le don de sang : Puisque les hommes ayant des rapports avec des hommes étaient (et sont restés longtemps) exclus du don de sang, les lesbiennes ont organisé des collectes massives de sang pour leurs "frères" gais, d'où le nom de Blood Sisters.
  • Le militantisme politique : Elles ont apporté leur expérience des luttes féministes pour structurer des associations comme ACT UP. Elles ont lutté pour que la recherche avance, tout en rappelant que les femmes aussi pouvaient être touchées par le virus, une réalité alors ignorée par les autorités de santé.
  • La gestion du deuil : Elles ont souvent été les exécutrices testamentaires et les piliers émotionnels d'une génération d'hommes décimée, s'occupant des obsèques et de la mémoire des disparus.

Pour mieux comprendre cet héritage de solidarité, plusieurs œuvres contemporaines mettent en lumière le rôle souvent oublié des lesbiennes.

  • Pose, série de Ryan Murphy, Steven Canals et Janet Mock)

Dans les saisons 2 et 3, la série explore la dévotion de la communauté face à l'hécatombe des années 80 et 90. À travers le personnage de Judy Kubrak, la série rend hommage à toutes ces lesbiennes qui travaillaient dans les services de soins palliatifs (souvent appelés "Wards"). Elle montre comment, alors que le personnel hospitalier refusait parfois de toucher les malades par peur de la contagion ou par discrimination, les lesbiennes ont assuré les soins, la toilette et l’accompagnement psychologique des hommes gais et des personnes trans.

  • Le livre Les guérillères de Rebecca Makkai

Ce roman (titre original : The Great Believers) est une fresque bouleversante qui traverse les décennies. On y suit Fiona, une jeune femme qui voit ses amis mourir un à un à Chicago. Trente ans plus tard, elle cherche toujours à retrouver la trace de sa fille, tout en portant les cicatrices émotionnelles de ces années de lutte.

"Bravo les lesbiennes" !

Désormais scandé en manif ou hurlé en concert, le slogan « Bravo les lesbiennes » est devenu un cri de ralliement politique et pop. Son origine ? Un trottoir du 11e arrondissement de Paris, le 7 août 2020, à la sortie d'une soirée organisée par Salomé Sourati. D'abord confidentielle, l'expression explose lors du ZEvent 2021, où des milliers d'internautes forcent les streamers à prononcer ces mots en direct.

En 2026, le slogan franchit une nouvelle étape : la chanteuse Santa l'officialise en plein concert pour célébrer une demande en mariage entre deux fans. Comme le souligne le linguiste Léo Guerrier, la force du slogan réside dans son pluriel : il affirme un collectif d'actrices de l'histoire.

S’approprier ce mantra, c’est suivre l’exigence d'Alice Coffin : nommer pour ne plus être invisible. Que ce soit sur les réseaux ou sous les projecteurs, dire « Bravo les lesbiennes », c’est transformer une félicitation en un acte de résistance face à la haine et au mépris. Bravo les lesbiennes !

La lesbophobie

Textes issus de la brochure n°102 de SUD Education : LGBTQIA+ : sous les paillettes, la rage ! https://www.sudeducation.org/brochures/brochure-n102-lgbtqia-sous-les-paillettes-la-rage/#chapitre-3-3

Selon SOS Homophobie, les manifestations les plus fréquemment rapportées de lesbophobie dans les témoignages reçus sont le rejet (72%), les insultes (44%), le harcèlement (29%) et les menaces (22%). Ces discriminations ont lieu dans la sphère familiale, mais aussi dans le voisinage, les lieux publics et sur internet. De plus, 10% d’entre elles surviennent sur le lieu de travail.

Être visible (dire qu’on est lesbienne, se tenir par la main ou s’embrasser dans la rue), c’est donc s’exposer en permanence à ces discriminations lesbophobes.

En réponse à ces violences répétées se met parfois en place une invisibilisation subie : certaines préfèrent ne pas être out pour ne pas risquer la lesbophobie et ses répercussions sur leur vie.

Au travail

De manière générale, on constate une hausse de toutes les formes de manifestations de LGBTIphobies et donc de lesbophobie sur le lieu de travail, avec une banalisation des propos et des actes LGBTIphobes, souvent sous couvert de liberté d’expression.

Le cadre professionnel est souvent anxiogène. Celles qui taisent leur orientation sexuelle craignent l’outing (révélation de l’orientation sexuelle ou du genre d’une personne sans lui demander son avis). Et même lorsque les personnes sont out, elles gardent conscience que l’ambiance de travail et le degré d’acceptation peuvent changer avec l’arrivée d’un·e autre collègue, un changement de supérieur·e hiérarchique… De fait, le coming out doit toujours être renouvelé, à chaque nouveau·elle collègue. L’hétérosexualité présumée libère de la nécessité de verbaliser le fait d’être hétérosexuel·le, tandis qu’elle oblige à déclarer son homosexualité pour celles qui ne voudraient pas passer pour ce qu’elles ne sont pas.

La vie conjugale étant un sujet de conversation récurrent, les lesbiennes font parfois le choix de cacher leur vie personnelle. Toutefois cela va souvent de pair avec une moindre intégration sur le lieu de travail, si ce n’est une mise en retrait. Deux lesbiennes sur trois dans une enquête de l’Autre cercle (2020) disent être « invisibles » au travail (contre un gay sur deux dans une enquête précédente). Cet anonymat sexuel est d’autant plus difficile à maintenir que les questions sur la vie privée des femmes sont fréquentes (63% des répondantes), plus que pour les hommes. Beaucoup de lesbiennes adoptent des stratégies d’évitement pour ne pas mentionner une éventuelle compagne, en utilisant le pronom neutre « on » ou le terme « amie » dont on n’entend pas le féminin, en éludant les questions, voire en laissant croire à un partenaire masculin.

Ce qui doit nous interroger, c’est qu’à peine 10% des victimes se tournent vers un syndicat.

Lesbophobie directe

La lesbophobie directe se manifeste par des moqueries et des blagues déplacées dans 48% des cas. Ainsi les lesbiennes butchs subissent-elles des remarques sur leur apparence physique, jugée trop masculine. Les lesbiennes d’expression de genre plus « féminine » voient pour leur part leur homosexualité mise en doute : « Tu es trop féminine pour être lesbienne », « Tu n’as pas trouvé le bon », « C’est du gâchis »…

Les lesbiennes subissent aussi rejet (collègues ostracisées par leurs pairs), insultes, harcèlement et outing auprès d’élèves, de parents d’élèves…

Elles sont victimes de discrimination dans leurs droits et dans l’évolution de leur carrière. Cela peut se traduire par le fait d’être exclue de projets ou de réunions de travail, par le fait de se voir refuser des promotions ou de ne pas se voir confier certaines missions. Leurs droits liés à la situation parentale (pour la mère sociale et non biologique) sont aussi ignorés, et elles se voient par exemple refuser les ASA pour garde d’enfant.

Lesbophobie indirecte

La hiérarchie minimise souvent les actes lesbophobes, voire les couvre. Dans près de 70% des cas (Autre Cercle, 2020), aucune mesure n’a été prise contre l’agresseur·euse. Trop souvent, les collègues de la victime refusent de témoigner ou ne réagissent pas. Selon la même enquête, 40% des victimes n’ont reçu aucun soutien, et lorsqu’il existe, il est très majoritairement le fait de femmes (seulement 8% d’hommes).

Le manque de soutien encourage les auteur·rices d’actes lesbophobes et décourage les victimes de porter plainte ou simplement de signaler l’incident.

Les auteur·ices de lesbophobie au travail sont :

des collègues (63%) ou un·e supérieur·e hiérarchique (36%) ;

des hommes dans 45% des cas, des femmes dans 30% et un groupe mixte dans 25%.

Les conséquences sont nombreuses :

  • impact sur la carrière : moindre avancement, démission pour fuir un contexte de harcèlement ;
  • isolement, moindre sociabilité ;
  • séquelles psychologiques : angoisse, dépression, repli sur soi, difficulté à évoquer son homosexualité publiquement ;
  • tentative de suicide ou suicide.

En milieu scolaire pour les élèves

Les élèves lesbiennes, ou supposées telles, subissent insultes et cyberharcèlement, agressions physiques… avec pouvant entraîner un décrochage scolaire, un mal-être,des pensées suicidaires.

Une lycéenne, Dinah, a été victime de harcèlement lesbophobe et raciste. Elle s’est suicidée en octobre 2021. Non seulement son établissement n’a pas pris la mesure de la situation, mais Jean-Michel Blanquer, après le drame, n’a même pas daigné prononcer les mots « lesbienne », « lesbophobie » et « racisme ».