Dix-sept ans.
Le dos déjà usé par le métier à tisser,
Mais le regard levé vers le mois de mai.
Maria marche.
Elle porte l'aubépine blanche, cadeau de son fiancé.
Un morceau de printemps au milieu de la poussière.
Sous l'aubépine, c'est un droit qu'elle brandit, fière.
C’est Fourmies. C’est le Nord.
C’est le bruit de la foule.
« Huit heures ! » crient-ils
« Huit heures ! » crient-elles
Huit heures pour travailler,
Huit heures pour dormir,
Huit heures pour s'aimer.
Mais en face, le fusil Lebel est brillant, il est neuf.
On veut tester sa force sur ceux et celles qui n'ont rien.
Un ordre sec.
Un éclair.
Le blanc de sa robe devient une cible.
Le blanc de ses fleurs devient un linceul.
(Silence)
Maria s’écroule, et l’aubépine avec elle.
Le rouge se mélange à la sève,
Le printemps vient de changer de couleur.
Elle n'épousera pas son fiancé,
Un drapeau rouge à la main, Kléber est étendu à ses côtés.
Elle ne verra jamais la loi passer.
Elle est devenue la loi. Elle est devenue la cause.
(Silence)
Avril deux mille vingt-six.
Ils reviennent avec leurs lois de papier et leurs chiffres,
Prêts à lacérer nos acquis de leurs griffes,
Grappiller notre temps, voler nos heures,
Mais ils ne voient pas l'ombre de nos prédécesseurs.
Car derrière chaque minute qu’ils convoitent,
Il y a le fantôme de Maria.
Il y a le fantôme de Kleber.
Et celui d'Emile, 11 ans.
Et ceux de Félicie, Ernestine, Louise, Gustave, Charles et Michel.
Et il y a l’aubépine de mille huit cent quatre-vingt-onze.
On ne rendra pas ce qu’elles et ils ont payé de leur vie.
Le premier mai n’est pas à vendre.
Sous le muguet Vichy, le poing.
Et dans le poing, le rameau rouge sang de Maria.
Julie F, mai 2026